Thursday, 19 October 2017

Je balance mes porcs

La France est en train de se révolter contre le harcèlement sexuel, et on ne peut que s’en réjouir (même si, on est ok, ce qu’il serait encore plus cool c’est de ne PAS avoir à se révolter).

Je lis des témoignages horribles, reportés par des journaux, mais aussi par des copines sur Facebook ou sur leurs blogs.

Et là je me dis que dans ma «malchance» d’être née fille (100% des Françaises ont un jour été victimes d’insultes et ou harcèlement dans la rue), j’ai de la "chance" de ne pas avoir eu affaire à d’aussi odieuses rencontres que certains témoignages que j’ai lu.
Mais quand même. Et puis, faut pas se leurrer, ça commence très tôt. Des que t’as des boobs qui se pointent, même si c’est l’équivalent de piqures de moustique, ça commence. Comme si la puberté n’était pas assez difficile comme ça.

Voici mon florilège de porcelets, ceux dont je me rappelle toujours. J'en ai surement oublié quelques uns, et c'est peut etre pour le mieux ?



12 ans, en cours de piano, et en pleine puberté avec les complexes qui vont bien, un élève de 2 ans de plus que moi maximum me passe la main sur la poitrine « ah ! ça pousse » . Sur le moment, je crois que j’ai rien dit, mais en en parlant a une copine quelques jours plus tard, elle me répond « moi aussi, on me l’a déjà fait, je pense que ça veut dire qu’il t’aime bien ».

A 13 ans, pour une fois que je rentre du collège à pied (30 mins de marche), un mec qui devait avoir 18-20 ans m’accoste en vélo. Il se met à ma hauteur et me suit pendant au moins 10 bonnes interminables minutes.  « T’as un copain. Tu habites ou. Comment tu me trouves. Pourquoi tu ne réponds pas ? T’inquiète je ne vais pas te violer». Je persiste dans mon mutisme et il finit par se casser. Je cours chez moi, il n’y a encore personne à la maison donc je prends le plus gros couteau de la cuisine et je monte me refugier tout en haut. J’en parle à mes parents, et un jour on le croise alors que je suis en voiture avec ma mère. Elle descend et l’engueule comme la vieille merde qu’il est.

Paris, à 16 ou 17 ans, alors que je me ballade avec une copine, un mec d’une cinquantaine d’années nous suit, penché vers nos fesses. Il ne tarit pas d’éloges à leurs égards. Je ne sais plus si on s’est mises à courir ou si il ‘s’est arrêté par lui-même.

Rome, à 20 ans. J’attends le bus avec ma coloc. J’entends un « psst » derrière nous. Je me retourne et le mec ne perd pas une seconde, il ouvre grand son imperméable. Il était à poils.
Rome toujours, assise dans le bus avec ma coloc. Un mec s’assoit a cote de moi et pousse son genou contre ma cuisse à chaque mouvement du bus. Je suis en short et pétrifiée. C’est ma coloc qui s’en rendra compte et lui dira d’arrêter.

Rome toujours, (!!) dans le métro. Alors que ce n’est pas bondé, un mec se tient debout derrière une copine et moi, et soudainement son excitation est apparente. Ma pote bavarde avec une autre copine ne s’en rend pas compte. Choquée et surement blanche comme un linge, je la tire par le bras « viens-la ». Il ne me vient pas à l’esprit de crier. Ma coloc me dira que ça lui est déjà arrivé au moins une demi-douzaine de fois auparavant.

Barcelone, 22 ans, en weekend avec une copine. Alors qu’on remonte la rue, on entend un bruit venant d’un buisson. On se retourne, un mec était en train de se palucher en nous regardant.

Amiens, 21 ans, il doit être 21h quand je rentre chez moi. Je remonte la rue quand trois mecs en voiture me suivent avec les Hey Mademoiselle et tutti quanti. Je ne réponds pas donc ça les agace, du coup quand je traverse la rue pour tenter de les semer ils font vrombir le moteur comme si ils s’apprêtaient à me rouler dessus. Le lendemain, j’ai acheté une bombe lacrymo.

Hong Kong, 24 ans, debout dans la rue à discuter devant un bar avec des amis. Je porte un haut-tube sans manches. Soudainement, pour « rigoler» un «pote» me le tire vers le bas, en accrochant le soutif en même temps. Je paie mes tchoutches à la rue un quart de seconde le temps de me rendre compte de ce qu’il vient de se passer, horrifiée. Je ne lui ai plus parlé depuis.

Je ne compte plus les mecs qui, dans des endroits pleins à craquer, te touchent les hanches pour te demander de te pousser, commencent à être tactiles avec un coup dans le nez, miment un acte sexuel derrière toi quand tu te penches pour commander à boire, les « hey mademoiselle » auxquels tu réponds pas qui se transforment en « t’es moche de toutes façons » , agrémenté de « conasse » si c’est ton jour de chance, les mecs avec qui tu es dans le métro ou le bus et tu as simplement ce feeling qu’ils ne sont pas nets, tu le SAIS.  Donc tu descends un arrêt plus tôt ou juste avant que les portes ne se referment pour qu’ils n’aient pas le temps de te suivre, on sait jamais.

Bref, ce sont les histoires dont je me rappelle sur le vif (article rédigé en 20 minutes chrono). Ce sont des histoires « normales », la « norme » d’une fille qui se ballade en demandant rien à personne, et je me dis que, comparé à d’autres témoignages, j’ai de la chance. 



Sunday, 18 June 2017

Un truc de filles...

Bon. Autant dire que j'ai hésité à l'écrire longtemps, cet article. Déjà parce que je suis quand même un peu pudique sur le sujet, parce que c'est un peu tabou aussi, et aussi parce que bon, j'ai de la famille qui me lit, et même mon instituteur de CM2 à ce qu'il parait.

Et je sais pas vous les filles, mais j'ai pas trop envie de parler de mes gnognotes avec ma famille - et vice versa j'imagine.

Parce que oui, on va parler de règles, menstruations, ragnagnas, ragnoufs, tomates, gnognotes, ours, coquelicots, lunes, rivière rouge, trucs de filles, histoires, d'anglais qui ont débarqué (ha!ha!). 



Donc âmes sensibles et famille s'abstenir, on arrête tout, maintenant, tout de suite.

Bon, pour ceux qui sont toujours là, comment on attaque ce truc ?

Justement, dans mon cas, elles ont attaqué tard. Genre, j'étais la dernière du collège à les avoir, limite la bête de foire, non mais la HONTE quoi. Mais je me suis bien rattrapée : la première fois qu'elles ont débarqué, elles ont duré 13 jours et j'étais juste au bout de ma vie. J'avais déjà hâte de les avoir environ encore 480 fois avant la ménopause, o douce ménopause.

La hantise quand j'étais au collège, comme toutes mes copines, c'était d'avoir des taches de sang sur le pantalon, ou pire, le gore du gore, tacher une chaise. Il y avait une chaise tachée dans notre classe en physique chimie, on a jamais su qui avait fait ca, mais toutes les semaines on revenait dans cette salle et elle était là, cette chaise, visiblement épongée à la va vite avec des mouchoirs, jamais vraiment nettoyée, jamais personne ne s'asseyait dessus, quinze ans après je me rappelle encore de cette chaise.

Avec les années, j'ai appris à les apprivoiser, et une fois que tu comprends que, si tu t’organises bien, ce sera pas Moise et la mer Rouge dans ton slip, ca va mieux.

Par contre, je me dois de vous parler des à cotes.

Déjà, la douleur, un truc que jamais les mecs comprendront - de manière générale, je crois qu'ils y comprennent pas grand chose, donc si il y en a toujours qui me lisent, vous pouvez continuer, au nom de l’éducation.

Bref,  encore la semaine dernière, j'étais encore debout à 23h, à faire bouillir mon eau pour la mettre dans la gourde pour ensuite me l’appliquer sur le ventre en espérant que ca atténue un peu cette sensation de boyaux qui se tordent. En fait, ce n’est pas une douleur vive mais juste toujours présente, qui reste avec toi toute la journée, quoi que tu fasses, les deux premiers jours. Il est arrive que ca fasse tellement mal que je m'en évanouisse. La dernière fois, c'était en pleine nuit alors que j'étais sur le trône et je m'en étais même cassé une dent, vous vous rappelez ? Haha, on avait bien rigolé. 

Bref, après des années de souffrance - et pourtant, je n'ai même pas d'endométriose- un docteur a enfin trouvé le bon truc à me donner, et ce médicament me suit partout. Voila déjà un point de réglé (ha ! ha! ha!)

Passons au suivant : les annonces. Si t'es pas réglée (ha! ha… bon ok j’arrête) comme une horloge, quelques subtils changements sauront te mettre en alerte : dans mon cas, c'est que je me mets a bouffer comme un petit porcelet, tout y passe, pizza, pâtes, chips, pizza aux chips, glaces.



Donc grosso modo, si je résume ma life, sur un mois, je passe à peu près 3 semaines à essayer d'éliminer ce dont je me suis bâfrée pendant la semaine restante.

Y'a aussi le fait que je bourgeonne comme si je me prenais pour un cerisier au printemps, toujours un ou deux boutons bien placés ; "coucou, je suis là!", tellement visibles que mes collègues doivent avoir compris le truc "ah tiens, son bouton au menton est revenu, elle doit avoir ses trucs". Merci quoi.

Et puis aussi et surtout, les sautes d'humeur. Personnellement, Je deviens super émotive. Je verse ma petite larme devant des pubs (les pubs thaï sont les pires pour ca), j'envisage démissionner si ma boss me dit pas bonjour, voir abandonner le chat s’il décide de dormir ailleurs qu’à mes pieds, bref, les hémoglobines dans le slip, c’est aussi le moral dans les chaussettes.



Je deviens un peu plus acariâtre, aussi - et big up pour les c*nnards qui, quand une fille se permet un mot plus haut que l'autre, c’est qu’"elle doit avoir ses règles" - car incroyable mais vrai, se vider de son sang, être fatiguée, avoir mal au ventre, au dos, avoir les hormones qui jouent aux auto-tamponneuse, défoncer ses jolies culottes et claquer dix boules tous les mois pendant 40 ans en « protections sanitaires », ca peut être un peu agaçant.

Oh oui tiens, on en parle de nos "protections " ? On a le choix entre des tampons blanchis à l'Ajax, des serviettes qui t'épilent quand tu fais un faux pas, ou, pas plus réjouissant mais quand même plus écolos, les serviettes lavables (même principe mais tu les passe en machine après), ou les cups, ces espaces d'entonnoir ou apparemment il faut prier pour pas que ca reste coincé/se renverse sur toi. Sinon tu peux aussi prendre la pilule H24 mais perso me la jouer poulet(te) surdosée aux hormones non merci.



Enfin je me plains, mais franchement, il y a pire. Je pense à celles qui ont l'endométriose sans rien pour s'en soulager, à celles qui, dans certaines régions du monde sont mises à l’écart telles des parias, et de manière générale je pense aux 500 millions de femmes dans le monde qui n'ont pas les moyens matériels et financier de gérer dignement leurs "trucs de filles", et en 2017 franchement, ca craint.

Bon allez, la semaine prochaine je vous parle de crotte de nez, une autre fonction corporelle naturelle et pourtant taboue ! Non je rigole.

Plus sur ce beau sujet : 
Courrier International (intégralité seulement pour les abonnes)
Newsweek (en anglais)

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Sunday, 19 March 2017

Une longue année de fiançailles

Le 1 Octobre dernier, Alistair a posé la question – est ce que je voulais l’épouser ? Bon. Disons que après 6 ans ensemble, à se supporter probablement dans la ville la plus stressante au monde, puis dans un appart de 20m carrés encerclés par 12 colocs, puis enfin en mode desperate housewife un an à Singapour, ouais, je pense que les 60 ans qui vont suivre devraient être faisable.

Donc j’ai dit oui, et maintenant je me balade avec une bagouze au doigt, même qu’Alistair parfois me prend la main pour l’observer, et que je me fais engueuler parce que j’ai encore fait de la pâtisserie/me suis étalé de la crème sur les jambes avec et que du coup le diam’s (ou : le bout de verre, on sait pas) est un peu gras et ne brille plus de mille feux.

Moi, je lui avais toujours dit qu’une jolie bague Etsy a 50 balles ferait largement l’affaire, mais visiblement il n’était pas d’accord et aurait passé plusieurs mois à s’arracher les cheveux pour me trouver la bague parfaite. Déjà qu’il n’a plus grand chose sur le caillou – la légende raconte que sa mère l’aurait un peu poussé à me demander en mariage avant qu’il ne devienne complètement chauve et que je sois tentée de dire non.

Par ailleurs, saviez-vous qu’une bague est un excellent moyen de faire pression ?
Ie. Ah ouais, tu veux pas faire la vaisselle ? Je veux un pré-divorce, et je revends la bague !
Ah ouais, tu veux pas aller voir le dernier Ryan Gosling avec moi au cinéma ? Je veux un pré-divorce, et je revends la bague ! Etc, etc, ca marche pour tous types de situations vous verrez, et dans les 2 sens.

Ma bague. Lol.
Revenons en a sa mère d’ailleurs, c’est clairement la plus excited de la famille. A croire qu’elle ne se remet toujours pas de voir son fils enfin casé. Elle avait envoyé a Alistair, avant même qu’il ne pose la question, un colis de magazines de mariées à me donner, m’emaile régulièrement des suggestions d’endroit pour la réception, dans le Midi pour la plupart - on a dit que le mariage se ferait en Bretagne - et a prévu d’arriver avant nous pour notre semaine de repérage en Mai en France.

Mais le reste du coté British n’est pas en reste. Pour vous donner une idée, nous avons reçu pas moins 13 cartes de félicitations pour nos fiançailles, venant des parents, des cousins, des tantes, des amis de la famille. Vous-ai je dis que la tradition en Angleterre, c’est aussi d’exposer fièrement les cartes reçues à n’importe qu’elle occasion ? A défaut de cheminée, elles sont savamment étalées sur notre meuble télé, on a l'impression de démenager une carterie quand on veut regarder Netflix.

De mon coté, les réactions quand j’ai annoncé la nouvelle à ma famille ont été un peu plus discrétes :
- Mon père : a cru qu’il m’était arrivé un accident, paniqué par l’appel dans un français hésitant d’Alistair (car mise à part « je joue au foot avec mes amis » et « liberté égalité fraternité », il ne sait pas grand chose d’autre, ca va être folklo le jour J)
- Ma mère : “c'est bien, depuis le temps"
- Ma soeur : “bon bah si t’es contente alors je suis contente"
- Mon frère, alors qu’il venait nous rendre visite a Singapour : “Ah bah c’est bien” - Alistair était prêt à dégainer les photos de la bague sur son téléphone (on l’a ramenée chez le bijoutier le demain car elle était trop grande) mais s’est vite ravisé.

Faut dire que ca doit être génétique : mes parents se sont mariés quand j’étais en CM2 à la mairie, un soir après les cours. Chez les Alistair, on se marie à l’église, on fait pêter la tirelire pour l’occasion, et on ne peut commencer à se reproduire qu’après – pas de batards dans la famille.

D’ailleurs, en parlant tirelire, quelqu’un m’explique comment on est sensés financer un mariage ? Juste pour un truc dans la moyenne, aka une centaine d’invites, un endroit sympa mais pas tape à l’oeil ? Non parce que franchement, les propriétaires qui louent leur jardin et leur “orangerie éphémère” (aka barnum) à 3900e pour 2 jours, merci mais non merci. Sans mentionner les photographes à 1000 balles si on veut éviter les poses cache-cache derrière un arbre, les robes de mariées en papier crépon si on ose envisager mettre moins de 1000 euros dedans, le DJ à 800 balles, et sans garantie qu’il ne passe PAS du Patrick Sébastien en fin de soirée…

Le photographe qu'on a choisi. Lol.

Bref, mes économies retraites sont au point mort, et on a dit adieu rêves de lune de miel autour du globe : là, le plan une fois qu’on aura financé « le plus beau jour de notre vie » serait plutôt de déménager dans la chambre d’amis une petite semaine, à mater Nat Géo à la télé et se faire livrer des pizzas pour nous donner un peu de ce “hôtel feeling”.

Sinon, on peut réduire le nombre d'invités de 90% et organiser une petite kermesse dans le jardin de Papamaman #paschèr. Parce que la, on a 170 invités. Non pas qu’on soit super populaires, au contraire – team associaux -, mais après 7 ans à se balader, on a rencontré pas mal de monde. Mais bon, on se dit que y’aura ptêt vachement de monde qui risque de pas venir - saviez vous que seulement 50% de vos amis vous considèrent également comme un ami? Dépression bonjour. Donc du coup on en invite encore plus qu’on ne devrait pour éviter de se retrouver en tête à tête le jour J. Non je rigole. Alistair t’as pensé à inviter ton banquier ?

De toutes façons, j’ai l’impression que si on veut toujours le faire en Aout 2018, c’est trop tard. Ayant appelé pas mal de salles il y a quelques semaines (ok, 3 : ca se bouscule pas au portillon dans le Finistère Sud),  il ne leur restait que “quelques disponibilités” pour fin Aout 2018. Quelques disponibilités, un an et demi à l’avance. What ? Du coup, on débarque en Bretagne en Mai, et on va devoir imposer à la famille une dizaine de visites en 3 jours. Par avance, merci de votre patience Papa-Maman.

Bref, à J+155 du jour des fiançailles (gravés à jamais dans ma mémoire, la vue sur Singapour by night et les frites froides du room service) et J-531 du jour du mariage (date hypothétique dont j’aime la sonorité, à heure actuelle RIEN n'est booké), j’ai pas l’impression qu’on ait beaucoup avancé. Mise à part sur mon Pinterest (j’ai moins de 50 ans donc je sais comment le prononcer correctement), ouvert environ 4h après m’être faite embaguer. J’y ai pinné les gâteaux idéaux, mes robes de rêves (ah noooon ca c’est bon je l’ai trouvée!), la déco, les invitations.


Reste plus qu’à tout organiser/économiser.

PS. Je vous ai dit qu'il s'avére que la meilleure amie de la soeur d'Alistair portait exactement la meme robe que celle sur laquelle j'ai jeté mon dévolu ? Kill me.


Mon inspiration pour la robe. Lol. Bisous Carrie.