Monday, 28 March 2016

Coup de coeur birman

Il y a un peu moins d’un mois, je suis retournée en Birmanie avec mes parents et mon petit frère d’un mètre 90.
Retournée, car nous y étions allés une première fois en Novembre mais nous n’y sommes restés que 24h, devant rentrer d’urgence en France.
Trois mois plus tard, nous retournons donc à Rangoon pour continuer et achever le voyage, comme si c’était aussi un moyen de boucler la boucle.

On se retrouve donc vendredi 19 Février à l’aéroport de Rangoon sous 30 degrés et un taux d’humidité frôlant les 100%. Martin arrive de Ho Chi Minh quelques heures plus tard donc nous prenons notre mal en patience, en repoussant les moustiques de la salle d’arrivée comme on peut.

Martin arrive a 13h et notre bus pour Bagan part à 20h, alors des son arrivée, on grimpe dans un taxi pour (re)commencer a visiter Rangoon.  





 Lors de la première visite, sans Martin mais avec Alistair, Rangoon nous avait beaucoup plu. Elle est incomparable aux autres villes en Asie du Sud Est je trouve, déjà rien que par le fait que il y a 0 mobylettes dans la rue, juste des voitures, des taxis ou des bus datant de Mathusalem. Sur les cotes des bus, il y a des inscriptions en coréen ou en japonais : ils doivent les racheter d’occasion. L’un des bus que l’on croise ne semble pas avoir de frein à main car a chaque feu rouge, un homme descend et case des briques sous les roues pour l’empêcher de reculer jusqu’à ce que le feu passe au vert.

Premier arrêt, la pagode de Shwedagon, la plus grande pagode d’Asie. Son sommet est recouvert de feuilles d’or, on l’aperçoit qui scintille au loin. Nous étions arrivés juste a temps pour le coucher du soleil en Novembre, et on avait été émerveillés. Cette fois ci, nous la voyons en plein soleil, mais elle est toujours aussi belle.

A la pagode, nous sommes pieds nus, et les dalles de marbre nous brulent les talons. Un guide en Novembre nous avait expliqué que les Birmans viennent s’y recueillir et prient dans des coins très précis de la pagode en fonction de leur jour de naissance.









 Une heure plus tard et les pieds brulés, nous décidons de suivre l’itinéraire piéton de 3h dans la ville, recommandé par le Lonely Planet. On passe devant l’Hôtel de Ville, le Ministère de l’Immigration, le tribunal. On voit que c’est une ville chargée d’histoire, les anciens bâtiments gouvernementaux décrépis et quasiment laissés à l’abandon en témoignent, avec des herbes folles qui poussent sur les façades – la ville est très humide et sent le moisi par endroits.
A chaque coin de rue, plein de vendeurs ambulants : téléphones portables casses, nourriture, montres, bétel…

Le bétel, on le retrouve aussi  par terre, post-mastication : c’est un mélange de chaux, de noix d’arec et de tabac qui se « chique » et colore les dents en rouge au fur et a mesure. Il aurait des vertus énergisantes et antidouleur, et les birmans en raffolent ; les rues sont jonchées de taches rouges. Il est arrivé plusieurs fois que nos chauffeurs de taxi ouvrent leur portière au feu rouge pour cracher leur bétel par terre.








 Après une pause clim et glace dans le petit salon du Strand Hotel, alors que le soleil commence à se coucher, nous nous dirigeons vers la gare routière où nous prendrons un bus de nuit pour Bagan. Les bureaux de la compagnie JJ Express sont bondés et ca semble un peu chaotique, mais finalement, a 20h, le bus démarre, avec nous dedans.

On est mieux installés que dans un avion : le fauteuil s’allonge presque complètement,  une « hôtesse de bus » nous sert des snacks, bref, malgré une route en sale état, on passe relativement une bonne nuit.

Arrivés a 5h30 du matin à la gare routière de Bagan, frais comme des gardons, le chauffeur de taxi qui s’apprête à nous emmener  a l’hotel nous propose de nous déposer d’abord au plus grand temple de Bagan, la Shwesandaw Pagoda, pour assister au lever du soleil. Naïfs, on dit oui.
Pour accéder aux terrasses du temple, on doit monter une cinquantaine de marches très hautes et très raides. Je ne sais pas trop à quoi on s’attendait, mais une fois que nous avons atteint le sommet… nous ne sommes clairement pas les seuls. Selfie sticks, reflex sur trépied, il y a déjà une cinquantaine de touristes qui semblent être installés la depuis longtemps pour ne pas rater un rayon soleil. Je vois même des sacs de couchage. On essaie de se faufiler tant bien que mal et de prendre des photos sans qu’un crane ou qu’un bout de blouson n’apparaîsse, mais sans grand succès.


 Déçus, on retrouve le chauffeur de taxi au pied du temple et on reprend le chemin de l’hôtel. Il se trouve quelques minutes en voiture de l’entrée du site, dans une rue calme. Notre chambre donne sur un jardin, et la terrasse du petit déjeuner offre une vue sur les temples – au delà des toits des maisons voisines.

On décide de louer des vélos électriques – en fait ce sont plutôt des scooters qui ne peuvent pas rouler a plus de 50kmh (et encore, en descente). On en prend 2 pour nous 4 – j’ai eu mon permis au bout de la 5eme fois donc je me sens pas très confiante, Martin prendra le volant – et on décide de remonter toute la route principale aux abords de laquelle se trouvent les temples, sur une dizaine de kilomètres. Et grosso modo, ce fut notre programme des deux jours passés à Bagan, à crapahuter entre les temples, s’arrêter des qu’on en voit un qui nous plait particulièrement, l’explorer à la lampe de poche, se faire surprendre par d’immenses Buddhas de pierre à chaque recoin de temple, s’aventurer courbés dans les cages d’escaliers, faire le tour des terrasses et avoir à chaque fois une vue de carte postale. Le tout sous une trentaine de degrés, sous l’humidité, dans la poussière.













Le soir, après un début de coucher de soleil dans une cahutte-bar près de la rivière, puis fini juchés sur le balcon d’un temple dans les parages, nous choisissons un restaurant birman qui propose un menu dégustation. La cuisine birmane est un peu similaire a la cuisine thaï, avec beaucoup de salades, un peu moins épicée mais plus huileuse : je suis conquise.

Je m’essaie au bruit de bisous pour attirer l’attention du serveur, comme je l’ai appris dans un documentaire, mais ca ne semble pas très concluant, et puis on dirait que ma mère a honte de moi des que je le fais.

Le lendemain, réveil a 4 heures. La veille, une petite fille en scooter nous a montré un temple ou on aurait une belle vue pour le lever du soleil, et ou on devrait être tranquille. Nous y arrivons vers 5h du matin, et nous sommes effectivement seuls. Martin se met à dessiner et je commence un time lapse, mais nous sommes vite rejoints par une demie douzaine de touristes dont le guide semble surpris de nous voir ici. N’empêche qu’on était là les premiers !

Une fois le soleil presque totalement levé, les montgolfières s’élèvent à leur tour, et passent toutes devant notre temple. Je crois sincèrement que c’est l’une des plus jolies scènes que j’ai vu de toute ma vie.






Nous retournons à l’hôtel pour boucler nos affaires et petit-déjeuner rapidement, puis on repart explorer.

Alors que que je viens de grimper sur un temple dont l’escalier est particulièrement raide – toujours pieds nus et en prenant toutes mes précautions pour ne rien abimer malgré mon 41 fillette – deux gamins birmans m’y rejoignent pour me vendre des cartes postales. Ils ont le visage couvert de thanaka, cette poudre jaune d’arbre utilisée par les enfants et les femmes birmanes pour se protéger du soleil, et portent un pyjama en pilou pilou. Ils se dandinent dans les escaliers et se bagarrent gentiment, à quelques pas d’un vide d’une cinquantaine de mètres. Je crois que je n’ai jamais eu aussi peur pour quelqu’un, donc je cède à leur petit chantage en promettant de leur acheter des cartes si ils redescendent tout de suite.

On visite encore des dizaines de temples, des énormes, des petits, des touristiques, d’autres recouverts d’herbes folles. Nous roulons un peu plus loin que la veille, en arrivant sur des routes nationales un peu plus peuplées, et on décide de se poser au bord de la route à une sorte de bar, ou on prend une petite bière locale en discutant avec le patron qui nous explique que dans quelques semaines, il fera près de 40 degrés à l’ombre.









 Vers 18h, nous sommes de retour à l’hôtel. Nous rendons les vélos électriques a regret et après une dernière douche pour tenter de retirer toute la poussière, nous attendons la navette qui nous amènera au bus qui nous ramènera à Rangoon, d’où on prendra l’avion 4 heures plus tard pour Singapour !

Le lendemain matin, après avoir l’impression d’avoir passé une séance de 8h de celluMC grâce aux suspensions inexistantes du bus, nous voici à Rangoon. On prend un taxi qui semble menacer de tomber en morceaux à chaque coup de frein, et nous voici à l’aéroport. A quelques minutes près, je rate ma copine Sophie qui fait un road trip de six mois en Asie du Sud Est – mais ce n’est pas bien grave, car on s’est retrouvées en Indonésie 3 semaines plus tard, je vous raconterai !


Papa, Maman et moi repartons à Singapour et Martin prend son avion pour Ho Chi Minh. Mais il semblerait bien qu’on se retrouvera à Noel en Birmanie, pour voir cette fois-ci le lac Inle et ses pécheurs…