Tuesday, 24 November 2015

Une semaine loin de Paris


Le Samedi 14 Novembre, je rentrais à Singapour après une dure semaine. La veille au soir, juste une heure après que nous déposions ma petite soeur chez elle dans le 9éme, les attaques commençaient. Les alertes l'Express reçues sur mon portable juste avant de me coucher ne m'avaient pas du tout affolée- j'ai pensé "fuite de gaz" lorsque j'ai reçu "explosion aux abords du SDF" et "règlements de compte" lorsque j'ai reçu "Fusillades en cours a Paris". 

Naiveté.

Le lendemain, en préparant ma valise, j'ai compris que c'était bien pire que ca.

A l'aéroport, ambiance tendue et encore plus la pagaille que d'habitude. Les contrôles sont renforcés, les queues à l'enregistrement s’étalent sur un bon kilomètre et je manque de rater mon avion.

17h et des milliers de kilomètres plus tard, toujours ce sentiment de se réveiller après un cauchemar. Mes amis français ressentent la même chose : incompréhension, colère, peur, sentiment de culpabilité de ne pas être sur place. De notre vie singapourienne aseptisée, avec option bunker dans l'appart, on se sent à la fois très près et très loin de notre capitale.

Au boulot, certains de nos collègues s'assurent que nos proches vont bien, montrent leur support avec des photos de profil tricolores. Ma collègue me dit qu'elle comptait aller a Paris en 2016 mais compte peut-être annuler son voyage, non pas par peur des attentats, mais plutôt des amalgames : "Je ne sais pas si ce sera un bon moment, en tant que Musulmans, pour s'y rendre. Mon mari me dit que d'habitude on est déjà pas très bien vus mais alors là, ce serait pire". Je n'ose pas lui dire que, malheureusement, elle n’a peut-être pas tort.

Une semaine à se réveiller, à se dire que c'est bientôt le week-end et qu'il y a moyen de passer une bonne journée, et soudainement se rappeler ce qu'il s'est passé, comme un nuage gris qui sortirait de nul part ausculter le soleil. 

Une semaine à scruter les infos le matin, qui ne sont plus si fraiches avec leurs 6 heures de décalage, ce qui paraît énorme au rythme ou vont les choses.. Une semaine à observer mon Facebook se couvrir de bleu blanc et rouge, à voir toujours les mêmes mots défiler - ISIS, Paris, attaques, Syrie, Bataclan, morts. Une semaine à allumer une petite bougie le soir à ma fenêtre, à défaut d'aller avec les autres Français a l'Ambassade car cette fois c'est juste trop dur. Une semaine à me sentir plus Française que jamais, même si je ne m’étais jamais considérée comme particulièrement patriote auparavant. Une semaine à m'agacer des "#prayforparis" ; à quoi ca sert de prier, surtout quand le mal est déjà fait ? 

Et puis un jour, voir des photos de profil qui se recolorent, des actualités autres que Paris passer, me surprendre a rigoler de Jawad "l'Air B&B de Daesh", et me rendre compte que se morfondre ne sert à rien - si ce n'est faire plaisir aux terroristes.

Me rappeler de mon bout de vie à Paris, ville que je détestais au début, puis y habiter quelques mois m'a fait radicalement changer d'avis. Les pique-niques sur l'Ile Saint Louis, les histoires de ma grand-mère qui y habite depuis si longtemps, les ballades au Parc Monceau entre copines ou au Jardin des Plantes en famille, le shopping aux Halles, la vue sur la tour Eiffel depuis la ligne 6, les fous, les remontées de la Seine en traversant chaque pont un par un, les beaux bâtiments Haussmanniens quand on leve la tète, les pigeons aux pattes de lépreux, les marches de quartier, les peintres de Montmartre, les Badoit a 5 euros en terrasse, les dragueurs lourds du métro, les bars des Grands Boulevards, les chauffeurs de taxi bavards, les expos photos...

Bref, ils auront beau essayer, Paris restera la ville lumière.


PS : A l'heure ou je commence a écrire cet article, une prise d'otage est en cours a Bamako. Bien que particulièrement affectée par les attentats de Paris de par mes origines, je n'oublie pas tous les autres pays touchés par le terrorisme dans le monde... 

7 comments:

  1. pourquoi tu t'agaces que les gens encouragent à prier? Tu ne crois que chacun gère le stress, la peur, la tristesse, comme il le peut?
    Et ca n'a rien à voir avec la religion, je ne crois pas en Dieu, mais j'ai prié, beaucoup...

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    1. Hello Anonyme, je suis tout à fait d'accord avec toi sur le faire que chacun gère ses émotions comme il peut ! Et justement : à titre personnel, et en tant qu'athée dans une France qui prône la laïcité, je n'ai pas compris cette "injonction" à prier.
      Si ça avait été #thoughtsforparis par exemple, ça ne m'aurait posé aucun problème ;)

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  2. Oh oui oh oui, la vue de la ligne 6 <3

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Moi, les commentaires, j'adooore !