Monday, 10 November 2014

Cambodge : de la poussière, des temples, des plages, de l'histoire

Pour fêter la fin de ma période d’essai, nous avons décidé (enfin, surtout moi, puis Alistair a cédé après avoir râlé que ce n’était pas en se payant un voyage tous les mois qu’on réussirait à payer Harvard à nos enfants)… d’aller voir ce qu’il se passe au Cambodge.

Je savais que le Cambodge était réputé pour ses temples, pour son passé sanglant… et pour ses mines antipersonnel et ses touristes amateurs de petites Cambodgiennes. Pour le reste, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Nous décidons d’atterrir à Phnom Penh, puis descendre au Sud vers Sihanoukville, la station balnéaire nationale, et mettre le large sur Koh Rong, une ile au sable blanc et eau turquoise - du moins, sur les photos. 4.5 jours, 4 hôtels, 3 destinations, c’est parti.

Arrivée à Phnom Penh le samedi à 8h30, pas très frais. Apres avoir rempli pas moins de 4 formulaires d’immigration, nous quittons finalement l’aéroport et partons nous installer dans notre hôtel. Premières impressions : nous sommes bien en Asie du Sud-Est. Beaucoup de bouchons, pleins de scooters avec des familles entières dessus, des mini-restos ambulants. Nous nous mettons ensuite en route vers le Palais Royal, qui nous rappelle beaucoup celui de Bangkok.
On prend ensuite un tuk tuk qui nous fait faire un tour de la ville. Nous passons devant pas mal de bâtiments officiels mais aussi devant un chantier de construction... dont le projet "Riviera" ressemble étrangement au Marina Bay Sands de Singapour...

The Riviera, en construction...

Le Marina Bay Sands, deja existant

Apres nous avoir déposés a l’hôtel, il nous explique qu’en fait il est prof d’anglais la semaine et tuk tuk driver le week-end (ok), qu’il bosse en fait dans un orphelinat (hm-hm) et qu’on pourrait venir le visiter a notre retour de Sihanoukville. 
On pourrait jouer avec les enfants, leur apprendre un peu l’anglais. Hmmmm. Je me suis renseignée sur les soi-disant “orphelinats” cambodgiens, ce n’est pas glorieux : plus de la moitié des « orphelins » de ces structures non reconnues pas l’Etat ont été « empruntés » à leurs parents, bien vivants. Il voit qu’on hésite et propose alors à Alistair de l’amener sur un stand de tir, ou il pourra s’essayer à la Kalachnikov et autres M16. Ok… On y réfléchit et on vous dit quoi !








Monument de l'Indépendance

Un arbre a coca !
Apres cette journée tout à fait éreintante (…) on ressort diner au Malis’, un resto khmer niché dans un jardin, recommandé par le Lonely Planet et une copine. Au top.
Au retour, on passe par un night market. Au milieu des vendeurs de pyjama et de tongs Chanol, se trouve une énorme sono qui crache de la techno cambodgienne. Expérience sensorielle garantie. Il y a aussi plusieurs stands de barbecue “diy”, et une fois servis, les gens s’assoient sur de grands tapis a même le sol, en mode pic-nic.
Le lendemain, lever aux aurores (8h !), pour attraper notre bus pour Sihanoukville. Le trajet, sensé durer 4h, en durera 6h. Normal, on est en Asie.
Le chauffeur nous passe Pirates des Caraïbes 2, puis 1, puis 3. Nos voisines, des Anglaises, parlent des hash brownies et happy pizzas qu’elles comptent essayer a Sihanoukville. Alistair a du mal à cacher son indignation.

JE VEUX






Arrivés a Sihanoukville, la ville ne semble pas se distinguer par quoi que ce soit (comprendre : ça a l’air pourri), l’hôtel est pour le moins... particulier, il est loin de tout… - dois-je préciser qu’il a été choisi et réservé par mon boyfriend ? On décide sur un coup de tête d’annuler notre résa et de prendre le premier ferry qui part sur Koh Rong, que l’on réussit à attraper à la dernière minute.
Koh Rong apparait au large. Toute en longueur, on distingue quelques petits bungalows par ci par là, et c’est tout. Pas d’immeubles, pas de route, pas de port. 30 minutes de marche plus tard, sur la plage et sous un soleil de plomb, nous arrivons à notre “hôtel”, qui ne compte en fait que 4 petites cabanes. Et une table et une chaise sur la table en guise de réception, ou, parfois, se trouve quelqu’un. Par miracle, il leur reste un bungalow de libre - juste à cote de la réception, la vraie, en construction.

Le réceptionniste-cuisinier-ouvrier-homme de ménage nous annonce la couleur : il y a l’électricité de 18h30 à 22h30 – donc ni clim ni ventilo par 35 degrés - Ok. Pas d’eau chaude. Ok. Pas de bar. Ok. Pas de wifi. PARDON ??
Finalement, on ne s’ennuie même pas. Faut dire que ces deux journées sont plutôt charges : bouffe, baignade, sieste. Repeat. Ou on observe la voisine qui fait son yoga sur le balcon de son bungalow, en bikini string. Ou on fait des châteaux de sables. Pas en bikini string, mais plutôt avec un vieux tee shirt sur le dos pour éviter que le soleil qui tape vraiment fort n’abime nos délicates peaux.

Pour la bouffe, on va dans un petit resto un peu plus loin. Un toit en tôle, des murs faits de planches de bois et de bâches en plastique : ça ne paie pas de mine mais on se régale. Alistair y mange le meilleur chicken burger de sa vie. Oui, Alistair est du genre à manger des chicken burger au fin fond de l’Asie.
Et à 20h, on dort a poing fermés, bercés par le son des vagues (et les Zzzz de quelques moustiques)
Et à 7h, on est debout, réveillés par les sons mélodieux des ponceuses des ouvriers qui construisent la réception.


Koh Rong Samloen sous la pluie


Vue du bungalow



Deux jours comme ça. On ne voulait plus partir. Retour a Sihanoukville, qui ne nous plait toujours pas. On déjeune dans une boulangerie, installée dans une ancienne maison coloniale, et dont les profits servent à financer plein de projets caritatifs. Il y a le wifi. Aussitôt connectés, aussitôt regretté : j’ai un message de notre cat-sitter qui ne retrouve pas notre grosse Cookie, et un message de ma boss qui me demande ou est-ce que j’ai mis l’Excel de notre GP YTD. Si je pouvais lui répondre ASAP?

On prend ensuite un verre au bord de la plage – vraiment cracra. On croise, en trente minutes, au moins 5 expats “d’un âge mur” avec leur copine locale d’un âge un peu moins mur. L’amour au premier regard, certainement. De manière générale, je suis impressionnée par le nombre d’expats croisés au Cambodge, de tous âges et tous horizons : le pilote Australien du ferry et son co-équipier Français, un Américain parti s’installer avec sa femme et leur bébé au fin fond de la jungle, un couple d’Anglais de notre âge arrivés en vacances il y a six mois et qui, finalement, ont annulé leur billet retour…

Nous reprenons le bus pour Phnom Penh. Cette fois ci, pas d’Anglaises, mais on a nouveau droit a Pirates des Caraïbes. Le 2, le 1 puis le 3, normal.
Nous nous installons dans notre nouvel hôtel, qui est vraiment très sympa, style un peu Chine des années 30. Pour le diner, je reprends mon Lonely Planet et on choisit Bopha, aka Titanic, une sorte de bateau de croisière-péniche réaménagée en restaurant khmer. Vraiment bon encore une fois. En plus, il y a un chat qui se ballade entre les tables pour récupérer les restes. Lucile contente.




Sihanoukville Beach

Le Bupha (photo du site)
Le lendemain matin, on se réveille tôt à nouveau, pour faire la partie clairement la moins réjouissante du voyage : les champs de la mort de Choeng Enk, un peu en dehors de Phnom Penh – disons une heure de tuk tuk sur de la piste – ça secoue. Sous le régime des Khmers Rouges, comme l’explique notre audioguide, il suffisait que quelqu’un ait des lunettes ou parle plusieurs langues pour être considéré comme un intellectuel – et donc comme un ennemi au régime. Ainsi, plus d’un million de personnes ont été arrêtées et tuées entre 1975 et 1979… Au milieu du champ, se trouve une stupa, un grand bâtiment en marbre blanc, ou sont entreposés les restes des 8000 corps retrouvés dans les 129 fosses communes de Choeng Enk.
Et quotidiennement, les employés du site retrouvent encore des bouts de vêtements ou des os, surtout après de fortes pluies, qui font bouger la terre et découvrent alors plus de surface. La veille au soir, comme tous les soirs depuis notre arrive en fait, nous avions essuyé une pluie diluvienne... On a du mal à se dire que ça s’est passe il y a a peine 30 ans. Ma collègue m’avait parlé d’un arbre contre lequel les Khmers rouges jetaient des bébés “pour éliminer le mal à la racine”. Quand elle l’avait mentionné, je me suis dit que je l’avais mal comprise, mais non, l’arbre était bien là, coloré par des centaines de bracelets déposés par les visiteurs en hommage.
Nous n’étions pas surs de vouloir visiter ce site. Mais au final, même si c’était dur, nous ne regrettons pas de l’avoir fait : ça nous permet de mieux comprendre le Cambodge actuellement. Il n’y a pas de présent sans histoire…







La piste menant aux killing fields
On a juste le temps de repasser a l’hôtel en coup de vent prendre nos affaires et on repart pour l’aéroport : en tuk tuk, une fois n’est pas coutume. Le vent dans les cheveux, les pots d’échappements dans le nez, la poussière dans les yeux et les klaxons dans les oreilles, mais je suis fan.

Bref, le Cambodge, on valide. Il y a l’air d’avoir vraiment énormément de choses à faire, à voir, à ressentir, et pas que des temples et des gros russes en slip de bain. On reviendra.

Wednesday, 5 November 2014

Oui, ça doit être trop bien d’avoir des enfants… mais nan, j’sais pas...

Lucile, 28 ans (et des poussières), en couple depuis 4 ans (enfin presque), situation financière stable (enfin presque). Pas fiancée, pas mariée, mais par moments “on” nous fait comprendre qu’il serait temps. Idem pour les enfants.

Alors là, les enfants… Bon, a priori, j’en veux. Un seul, pourquoi pas. Deux, ok. Trois… niet. Les coalitions et alliances entre frère et sœurs, les trahisons, les pactes, c’est bon j’ai donné. Deux pas plus, donc.

Elever un mini-moi, lui apprendre la vie, le voir s’émerveiller, le déguiser de manière absolument ridicule sans qu’il en ait la moindre idée... dit comme ça, ça a l’air d’être juste génial, amazing, une expérience hors du commun, un nouveau sens à ma vie.

Oui mais. Il y a QUELQUES éléments qui me font douter.



1. La Maternité
Je ne suis pas sûre d’être psychologiquement, physiquement et physiologiquement prête pour endurer un ventre qui se détend jusque 100 fois sa taille originale – grosso modo. Pas non plus pressée d’avoir la nausée tous les matins. Des hémorroïdes. Ou de l’acné partout (allo, j’en ai déjà suffisamment comme ça à 28 ans)

2. L’Accouchement
Après des heures de souffrances, pendant lesquelles il est fort probable que je perde le contrôle de mon sphincter sur une table d’opération devant une dizaine de personnes, je dépote enfin mon gluant (comprendre : j’accouche). Dans un état alors semi-conscient, on me dépose dans les bras le résultat de 9 mois de gêne et de souffrance, qui, à ce moment-là, est, objectivement, juste un truc tout gras, tout rouge, tout gluant, tout hurlant. Et là, je me dis que je suis en train de vivre le plus bel instant de ma vie, pendant qu’on est en train de me recoudre la schn... – enfin, ce qu’il en reste. Bref, un heureux évènement.

3. L’Investissement
Avoir un enfant, c’est un sacré investissement. J’ai l’impression que la liste des choses qu’on doit acheter avant est sans fin. Poussettes, lit, biberons, bavoirs, siège auto, porte-bébé, tétines, couches, chauffe-biberon, ok, depuis le début je savais. Mais là… je découvre qu’il y avait aussi des trucs aussi bizarres voire “barbares” dont je ne soupçonnais pas l’existence, naïve que je suis : TIRE- LAIT, POMPE A MORVE, CRÈME ANTI CREVASSE… Bref, j’ai hâte de dépenser des milliers d’euros là-dedans, de me trimballer avec tout un attirail ou que j’aille, de faire des calculs scientifiques pour atteindre la température parfaite pour l’eau du bain.

4. Les nouveaux parents
J’espère juste ne pas devenir une de ces nouvelles mères qui change sur Facebook son travail de “marketing manager” à “maman à temps plein”. Qui change également sa photo de profil et sa photo de couverture par une photo de son gamin. Et puis son fond d'écran de portail d'ordinateur, d'Ipad, son tapis de souris. Ou mieux, qui lui crée un compte Facebook, tiens. Et Instagram tant qu’on y est, et pourquoi pas Linkedin, il est tellement mignon, bâtissons lui sa carrière de mannequin des maintenant. Ou qui poste des photos de toutes les premières fois de son môme. Premier dodo. Premier petit pot. Premier caca sur le pot. Qui, pendant une soirée, parle pendant des heures des habitudes de sommeil de son mioche, ou de la dernière fois où il a vomi sur le nouveau pull de son papa.

…Enfin, je dis ça, mais je poste très souvent des photos de ma grosse Cookie. Cookie et sa petite robe. Cookie et son nouveau canapé. Cookie qui fait dodo. Cookie, c’est mon chat. Elle est aussi grosse qu’un bébé d’un mois. La nuit, quand elle miaule on va la chercher et on la réconforte. Mes parents lui parlent sur Skype, prévoient de lui envoyer un cadeau pour Noël. Elle a des soudains besoins d'affection quand je suis aux toilettes, et elle adore mâcher tout ce qui lui tombe entre les pattes. Vous voyez, je n’ai pas besoin d’enfants : j’ai un chat.

Bref, je m’égare.



5. Les Premiers Mois
Dormir 3 heures par nuit et m’estimer heureuse, m’affoler dès qu’il a le hoquet, rééduquer mon périnée, avoir mes hormones en mode anarchique, recevoir des visites non-stop alors que je ressemble plus à une larve qu’une jolie maman pour pub Pampers, me prendre la tête avec le papa car jamais il se propose de nettoyer les couches pleines, galérer pour perdre les 20 kilos pris pendant ces 9 mois. Oui, je compte m’empiffrer pendant ma grossesse. CA NE S’APPELLE PAS GROSSESSE POUR RIEN.

6. La petite enfance
Je redoute les biberons, les cris stridents au milieu de la nuit/dans les transports publics/au restaurant et les regards excédés des gens aux alentours, le « non » à tout, l’utilisation des petits pots petits pois-carottes en tant que crème pour le corps, les cacas ni dans la couche ni sur le pot… Puis les heures passées à l’écouter raconter des trucs super intéressants (aujourd’hui la maitresse m’a donné un feutre vert, mais moi je voulais un bleu, et puis même que Kenzo il l’a appelée Maman au lieu de maîtresse, c’était kro rigolo, hein maman c’est rigolo ? hein maman ?…), la peur des sorcières sous le lit, les pipis au lit, les dessins de sa famille au grand complet (y compris la grosse Cookie) sur le mur fraîchement papier-teinté du salon.

7. Et puis, de 4 à 12 ans, ça continue, pas de répit
Les bêtises en tout genre, les fights avec les frères et sœurs, les caprices au supermarché/au restaurant/dans la voiture, les insultes super violentes (caca boudin, tête de patate), les maladresses (et vladadam le service en porcelaine de mamie). A cette époque, je me rappelle de ma mère qui disait, assez régulièrement, soupirant et les yeux au ciel « faites des gosses qu’ils disaient ! ». Comme quoi.



8. Vers 12 ans, ils entrent dans l’adolescence
Menacer de fuguer (mais jamais oser parce que bon, qui va te faire à manger ?) vu que personne, PERSONNE ne les comprend, vouloir se faire percer le nez, le nombril et les oreilles, mais leur mère dit non, mais ils s’en foutent car ce sont des rebellesdonc ils se perceront les oreilles eux-mêmes puisque c’est comme ça, ils veulent aussi un tatouage, genre un tatouage Hello Kitty en bas du dos, pour être un peu sexy mais pas trop tu vois, ils sèchent les cours, ils ricanent bêtement, ils passent des heures au téléphone avec leur meilleure amie pour toute la life, ils recouvrent les murs de leur chambre de posters, écrivent des mots dans les agendas et signent “big bisous bien baveux berk bye” (enfin, c’est ce qui se faisait en 1998 quoi), volent les fonds de teint Dior de leur mère et s’en tartinent allègrement, ils se prennent pour des gothiques. Ou pour des skateurs – alors qu’ils ne tiennent pas 30 secondes sur n’importe quel objet roulant – enfin, ça c’était mon cas. Et en tant que parent, devoir supporter tout ça : « c’est les hormones, ça va passer ». LOL.

Bref. Tout ça pour dire qu’il y a quelques années, je me disais que j’aimerais bien avoir des enfants à MAX 30 ans, parce que bon, l’horloge biologique tout ça tu vois. Et puis là j’ai bientôt 29 ans 28 ans et demi, et je me dis qu’on est quand même bien tranquilles, juste nous deux, avec la grosse Cookie, personne pour nous empêcher de dormir jusque 12h si on veut, personne qui se roule par terre au supermarché parce qu’on ne veut pas lui acheter de Pokémon ou j’sais pas quoi, pas de baby sitter à organiser, de coins de table à protéger, pas de Dora l’Exploratrice a se taper en repeat pendant 4h…

On en profite encore quelques années et on verra après ?


PS : J'ai beau râler, mais je ne reste jamais insensible devant une video Youtube de bébés qui rigolent. Ou qui tombent. Ou qui goutent du citron pour la premiere fois. Et j'en profite pour faire de gros bisous a deux adorables babychoupinets, Mr Warren O. et Miss Lara L.