Thursday, 25 August 2016

Lettre d'amour à mon minishort.

Bershka de Times Square, Causeway Bay, Hong Kong, été 2010.

Moi, 24 ans à peine, nouvellement hongkongaise et avide de dépenser mes premiers sous durement gagnés en tant qu'assistante marketing.

Toi, un petit short en jean, taille 38, bleu clair, un peu élimé/troué, pour le style. T'essayer, c'était t'adopter. Le vêtement maintenant le plus âgé dans mon placard. Malgré les années, je ne me suis toujours pas lassée de toi, contrairement à mes tee-shirts cols Claudette, Havaianas cloutées ou baskets Hello Kitty.
2010, Macau, air réjoui et bronzage bidet
T'es le premier que j'ai dû porter sans collants, complexée par mes guiboles blanches bidet de petite expat fraichement débarquée de sa Picardie.
T'es le premier aussi court que je n’aie jamais possédé, me renda nt compte que, contrairement en France, un minishort ne constitue pas une invitation à un pincement du boul.

Toi et moi, on est vites devenus inséparables. Tu t'es vite entendu avec mes petits hauts et ma collection de ballerines. Tu m'as accompagnée dans mes visites au Burger King à 2h du mat avec mes copines, vétues de hauts de pyjama et shorts. Tu étais là le jour où j'ai rencontré The British, sur un bateau au large de la mer de Chine. Tu es sur mes photos du Japon, assorti à un collant en laine car en fait Tokyo en Avril ca caille sévere, tu es sur mes photos de Bali, avec un chat d'égout endormi sur mon ventre, tu es sur mes photos de Macao, avec le front luisant sous un soleil de plomb.
2011, Taipei, full-on touriste
Tu ne me juges pas quand je bidouille tes boutons avec un élastique pour pouvoir continuer à te porter, en pliant mes bourrelets néo-zélandais pour qu’ils rentrent. Tu es le responsable de ma marque de bronzage "agricultrice" sur les jambes – bronzée jusque mi-cuisse, mais au-delà c’est retour au blanc bidet. Tu n'es pas jaloux quand d'autres minishorts débarquent dans le placard car tu sembles savoir que l'amour que je leur porte n'arrivera jamais à la cheville - pour le coup, à mi-cuisse - de celui que j'ai pour toi. Tu ne te vexes pas non plus quand tu n'es pas autorisé à partir avec moi en "vacances-temple", alors que mes pantalons de babos te narguent, pliés dans la valise, prets à etre embarqués. Tu me laisses te salir sur les plages mazoutées, dans des festivals boueux, sur des banquettes de trains crasseuses, mais jamais sur des chaises de bureaux molletonnées, pour lesquelles tu n'es pas assez "smart", juste trop "casual".  Tu me laisses m'essuyer les doigts sur tes coutures après avoir mangé trop de chips. 


2012, Tokyo, gélifiée et pixélisée
2014, Koh Rong, on se fait quand meme chier sans wifi
Tes poches arrière se déforment à force d'y glisser mes portables – tu en as connu 6 !- les coutures s'éliment et les déchirures "pour le style" de ta jeunesse deviennent vraies et s'allongent au fur et à mesure que je te porte. Tu n'es plus tout jeune.


2015, Perhentians, ou est-ce que j'ai posé ma serviette déja ?
Mais moi non plus. J'ai trente ans depuis plusieurs mois maintenant, et à ce qu'il parait, les mini shorts c'est carrément vulgaire pour les dames de mon âge. Alors peut-être que, au fur et à mesure, je te ferai prendre moins l'air. Peut-être resteras-tu un peu plus souvent dans le noir de mon placard. Peut-être que des robes plus habillées, plus longues, plus « dame » finiront par te remplacer. Peut-être qu’un jour, je finirai par te jeter dans un grand sac poubelle noir, avec d’autres vêtements pré-aimés comme toi, et qu’on ne se reverra plus jamais.


2016, Busan, peinant a decoller apres de trop nombreux bibimbaps
Mais en attendant... tu fais quoi ce weekend ?